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Par Gérard Touaty
Du chabbath qui suit Ticha bé Av jusqu'à celui qui précède Roch Hachana, D.ieu console Son peuple après la destruction du Temple. Mais dans le même temps, Il le prépare à la délivrance messianique. Un verset de notre paracha (1) nous donnera lui, les clefs, pour comprendre comment un Juif peut connaître l'exil spirituel. Il n'y a pas ici de contradiction : en connaissant les causes de cet exil, on sera plus à même de trouver le chemin de la délivrance. Ce verset est, on ne peut plus simple : "….le désert grand et redoutable, peuplé de serpents brûlants, de scorpions, une soif, mais il n'y a pas d'eau….". Le Rabbi de Loubavitch explique ce verset de manière allusive, en faisant de chacun de ces mots les étapes de la chute spirituelle d'un Juif. Comme on le verra, c'est de la naissance de l'exil dont il s'agit.
Une crainte intérieure
Au départ, il y a le désert. Le désert n'est pas un lieu habité. Symboliquement, c'est le lieu du Mal. De l'autre côté, le Juif est installé dans le monde de la vie qui tire son existence de la Thora et des mitzvoth. Un Juif attaché à D.ieu ne subit pas la pression du Mal. Pour lui, le désert n'a aucune importance. Seul ne compte que son désir de servir D.ieu. L'exil commencera quand il qualifiera ce désert de "grand". Subitement, le lieu du Mal est plus grand que son monde. Les valeurs des Nations prennent, à ses yeux, de l'importance aux points de dépasser celles du judaïsme. Le Juif peut connaître une seconde chute s'il considère que le désert est non seulement "grand" mais aussi "redoutable". Le sentiment que l'autre est grand naît quand on est confronté à sa présence physique. En dehors de cette présence, cette grandeur ne nous affecte pas. Le terme "redoutable" introduit une nouvelle dimension : le Juif éprouvera une crainte des Nations même quand il se trouvera chez lui ou à la synagogue : que dira mon voisin non juif si je me couvre la tête ou si je ne mange pas comme lui ? La crainte d'être différent est intérieure et amène le Juif à douter de ses propres convictions. Cette faille le conduit vers une chute plus douloureuse. C'est l'étape des serpents. Nos Maîtres affirment que le venin du serpent est chaud. Allusivement, c'est l'enthousiasme et la chaleur que ressent le Juif pour la matérialité et les plaisirs du monde. Mais les serpents sont brûlants, indice que dans le même temps, il anéantira en lui tout attrait pour la sainteté.
Un espoir
Puis vient le scorpion dont le venin est froid. L'exil est alors si pesant que le Juif ne ressent plus rien pour le judaïsme. Il est devenu indifférent à la moindre sollicitation de la Thora. Plus rien ne le touche. Toutefois un espoir subsiste. Du fin fond de son oubli de D.ieu, il éprouve, un jour, une soif. Une impulsion intime d'un désir spirituel. Il a soif mais il n'y a pas d'eau. Il ne sait pas comment étancher cette soif. Il s'est éloigné à un point tel qu'il ne sait pas où chercher de quoi revivre. Comment a-t-il pu atteindre un puits si profond. C'est le point de départ qu'il faut reconsidérer et qui est à l'origine de cette chute, quand il se mit à douter de la valeur divine du judaïsme et qu'il accorda de la considération morale aux Nations. En restant ferme dans nos convictions, on parviendra à retrouver notre dignité et à chasser l'exil du monde.
Notes
(1) Chap. 8, verset 15
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