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Par Gérard Touaty
La paracha que nous lirons ce chabbath nous introduit dans le monde le plus dramatique pour la conscience juive puisqu’elle nous décrit le premier exil que connurent les Enfants d’Israël : celui de l’esclavage d’Egypte. L’exil est un temps de rupture au cours duquel la connexion avec D.ieu n’est plus perceptible. Alors s’installent le doute, l’incompréhension, voire la contestation. Pourtant, le texte nous rapporte que les Enfants d’Israël crièrent du fond de leur détresse pour que D.ieu les délivre. Un processus que devra connaître le peuple juif avant la délivrance messianique.
Le rapport d’un Juif avec la délivrance messianique ne fut pas le même tout au long de l’histoire. Lorsque l’on étudie les textes évoquant ce sujet, on remarque que nos Maîtres utilisent trois verbes qui correspondent à trois époques de l’histoire juive, trois époques qui exigeront de chacun d’entre nous une attitude différente vis-à-vis de l’espérance messianique.
Bien qu’il tarde
Le point de départ de notre réflexion sera le Rambam (Maïmonide) qui rédigea les « Treize articles de foi » dans lesquels il donna sommairement les treize fondements de la foi juive. Le douzième concerne le Machia’h, à propos duquel le Rambam écrit que nous devons croire en sa venue. Comme pour les autres fondements, le Rambam aurait simplement pu affirmer ici le principe de la foi et rien d’autre. Mais pour le Machia’h, il ajoute une précision : « …et bien qu’il tarde, j’attends chaque jour sa venue ». Le Rambam emploie ici deux verbes : croire et attendre. Il est de tradition chez lui, que la rédaction de ses écrits fut toujours d’une extrême précision et que les répétitions ou les synonymes ne sont nullement des effets de style. Si donc, il utilise ces deux verbes, c’est l’indice qu’ils correspondent à deux réalités bien spécifiques que l’on peut comprendre de la sorte : il fut un temps où le monde était conscient que l’émergence du Machia’h était une donnée lointaine. On devait seulement y croire. Il pouvait certes, arriver à chaque instant, mais les conditions naturelles de sa venue n’étaient pas encore réunies. Puis le dernier exil, celui de Rome devint plus pesant pour voir la naissance d’une période appelée les « Talons de Machia’h », une époque de grande souffrance spirituelle et physique comme le peuple juif en connut durant les trois derniers siècles. C’est là que commença le temps d’un « nouveau verbe » : attendre. Parce que tous les signes de la proximité de sa venue étaient visibles à l’œil nu, des signes décrits par le Talmud à la fin du traité Sotta : insolence de la jeunesse, mépris de la religion, contestation du pouvoir, etc. Il était donné alors à chaque Juif le pouvoir d’activer le processus de la délivrance, de passer d’une situation passive (croire) à une situation active (attendre).
Scruter l’histoire
Ce dernier siècle marqua une nouvelle étape. Le Talmud (1) affirme que lorsque l’homme quitte ce monde, on lui pose plusieurs questions pour déterminer quelle était la qualité spirituelle de sa vie terrestre. Parmi ces questions, une concerne l’attente messianique et là, on ne parle plus de croire ou attendre mais de…guetter la délivrance. Après 120 ans on demandera à l’homme s’il a guetté la délivrance. Guetter, ce n’est pas seulement attendre. Une sentinelle qui guette l’ennemi scrute l’horizon pour distinguer le moindre mouvement anormal. C’est le sens de ce texte talmudique : juste avant la délivrance, il faudra scruter l’histoire pour chercher, à travers les mouvements des hommes, l’émergence du libérateur. Le ’Hafetz ’Haïm, Baba Salé ou plus récemment le Rabbi de Loubavitch nous ont déjà averti que le monde est prêt pour accueillir le Machia’h. A nous d’élever nos cris vers D.ieu comme le firent nos ancêtres, il y a plus de 3000 ans pour faire naître le temps où le Mal sera anéanti pour faire une place au Bien éternel.
Gérard Touaty Notes
(1) Traité Chabbath, p. 31a
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