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Par Gérard Touaty
Le chabbath de notre paracha est aussi appelé « Chabbath ’Hazone », le chabbath de la vision car tout au long de cette journée, on montre, d’En Haut, le Troisième Temple, à chaque Juif. Ce chabbath est donc une articulation entre l’exil et la délivrance.
Selon de nombreux textes de la tradition, l’exil est comme un passage obligé avant la délivrance. C’est ce qui se produisit lors de la sortie d’Egypte qui fut précédée d’un esclavage long et douloureux.
Cette association est inscrite dans la nature du monde qui exige de passer par une période sombre avant d’atteindre la clarté. Comme en attestent les premiers instants de la création du monde : « …Et la terre était Tohu bohu (désordre et confusion)…Puis D.ieu dit qu’il y ait de la lumière… ».
Pourquoi en est-il ainsi ? Le Sefer ha’hinou’h (1) écrit, dans son commentaire de la mitzva 410, que la souffrance de l’exil est comparée à celle de la mort car durant l’exil, l’homme se sépare, de ses amis, de sa terre natale et passe le reste de sa vie auprès d’étrangers. Mais il y a plus : l’exil est une souffrance prolongée et quand, dans une telle situation, malgré les tourments physiques, un homme parvient à vivre le judaïsme, on ne peut imaginer la grandeur de l’élévation spirituelle qui en découle. Nous avons ici un élément de réponse à notre question : pour atteindre un niveau plus élevé, il est nécessaire de supprimer le niveau précédent. Il faut qu’il y ait une rupture pour passer à un niveau supérieur qui soit sans aucune commune mesure avec la situation qui précédait. Mieux encore, c’est cette rupture qui déclenchera le dépassement de soi pour rester attaché à D.ieu malgré l’immense difficulté.
Le fruit de l’effort
L’exil introduit dans l’existence un temps qui, profondément, annonce une lumière infinie qui porte le nom de délivrance. Extérieurement, il y a souffrance mais cette souffrance est porteuse, dans un temps futur, d’une grande révélation. A partir de là, il nous est facile de comprendre l’innovation des temps messianiques. Le Machia’h n’apportera pas, à proprement parler de nouveauté particulière. Il ne fera que révéler les fruits de nos efforts durant la période de l’exil. Ces fruits prodigieux sont, pour l’instant, cachés mais la lumière dont ils sont porteurs, se révèlera soudainement, lors de la délivrance. Mais on peut aller plus loin.
La parabole du maître et de l’élève
Comme le Talmud nous le rapporte, le monde qui précède la venue du Machia’h sera marqué par la confusion des esprits et la défaite de toutes les idéologies. Pour expliquer ce désordre spirituel, la tradition hassidique nous offre une parabole qui donne à l’exil une dimension insoupçonnée. Quand un maître explique à son élève un concept intellectuel, il s’investit complètement dans cette transmission. Toutefois, si au cours de cet enseignement, surgit dans l’esprit du maître une idée nouvelle, il doit tout de suite se consacrer à ce nouvel éclair, de peur que cette idée lui échappe. D’un autre côté, il faut se rappeler que le maître est profondément attaché à son élève et que du fait de ce lien, il veut lui faire partager cette nouvelle idée. Que va alors faire le maître ? Il va, de toutes ses forces, se consacrer à la nouvelle idée, pour la développer, la structurer et l’enrichir dans le but, plus tard, de la transmettre à son élève. Mais dans l’instant, il se consacre à la nouvelle idée. Et là, plus son investissement dans l’idée est grand, plus est profond son éloignement de l’élève. Ce décalage grandissant va créer chez l’élève une situation d’exil car il va ressentir une distance du maître à son égard. Mais cette distance est provisoire car elle n’a pour but que de préparer la révélation de la nouvelle idée à l’élève. On peut déduire de là que plus le voile (qui s’installe entre l’élève et le maître) est grand, plus c’est l’indice que la révélation qui s’annonce sera grande. Il faut donc voir en deux temps l’obscurité qui précède la délivrance : superficiellement, l’exil est une souffrance car le Juif n’a plus de repères pour comprendre la situation dans laquelle il se trouve. Mais sur un plan profond, s’il sait que ce voile n’a pas de valeur en soi car il n’est que l’indice d’un dévoilement prochain qui requiert (provisoirement) une distance entre D.ieu et Son peuple. Gérard Touaty
Note
(1) Ecrit par Rav Aarone Halévi (1235-1290). Cet ouvrage comptabilise tous les commandements du judaïsme
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