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Le fruit défendu était-il vraiment une pomme ?
Magazine - Judaisme
Vendredi, 28 Octobre 2016 10:13

 

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Les pommes ont mauvaise réputation, en particulier dans l’art religieux, pour leur identification avec le fruit défendu. Alors qu’il soit clairement posé que, bien qu’il existe diverses opinions sur l’identité de ce fruit, ce n’était assurément pas une pomme. (Ce sera développé plus loin.)

 

Nos sages écrivent que la Torah tait l’identité du fruit défendu dans le jardin d’Éden de crainte que les gens le désignent constamment en disant : « Voilà le fruit qui a amené la mort dans le monde. »1 Néanmoins, les sages offrent diverses opinions sur ce qu’était ce fruit, basées sur des indices présents dans la Torah.

 

Le blé : dans la pensée de la Torah, le blé représente la connaissance parce que l’enfant est considéré avoir atteint un certain niveau de maturité intellectuelle seulement après avoir goûté du blé.2

 

Selon cet avis, le blé était à l’origine destiné à pousser sur un arbre non pas sous forme de grain, mais comme du pain déjà cuit. Après le péché, cet arbre qui devait produire des aliments déjà cuits fut réduit à une plante basse devant être récoltée et travaillée pour produire de la farine. Dans l’avenir, lorsque le péché du fruit défendu sera rectifié, l’Arbre de la Connaissance sera restauré à sa gloire originelle.3

 

Le raisin ou le vin : aucun fruit ne peut causer autant de misère que le raisin et son vin.4 Selon le Zohar, Noé planta une vigne lorsqu’il sortit de l’Arche dans l’idée de rectifier ainsi le péché du fruit défendu.5

 

Certaines femmes ont l’habitude de ne pas goûter au vin de la havdala6 sur la base de l’opinion selon laquelle le fruit défendu était le raisin.7

 

La figue : Le figuier joue un rôle bien connu dans l’histoire d’Adam et Ève, leur procurant des vêtements plutôt que de la nourriture, et certains commentateurs suggèrent qu’il peut y avoir une relation : « C’est avec ce par quoi ils connurent la déchéance qu’ils furent rectifiés. »8

 

Le Midrash donne la parabole du fils d’un roi qui se déshonora avec l’une des servantes. Lorsque le roi eut vent de cela, il priva son fils de son haut rang et le chassa du palais. Le fils se présenta aux portes des autres servantes, mais aucune ne le fit rentrer. Toutefois, celle avec qui il s’était déshonoré lui ouvrit la porte de sa maison et l’accueillit.

 

« De même, quand Adam mangea de cet arbre, le Saint le priva de son statut élevé et le chassa du jardin d’Éden. Adam s’approcha alors de tous les arbres, mais aucun ne lui laissa prendre ne serait-ce qu’une feuille... Cependant, le figuier, dont Adam avait mangé le fruit, ouvrit ses portes [pour ainsi dire] et l’accueillit, comme il est dit9 : “Ils cousirent ensemble des feuilles de figuier.” »10

 

L’Étrog (le cédrat) : Le verset dit que « la femme vit que l’arbre était bon à manger ».11 Ceci implique que non seulement le fruit de l’arbre avait un bon goût, mais que le bois de l’arbre lui-même avait bon goût. Cette caractéristique est uniquement présente dans l’arbre de l’étrog.12

 

En outre, le nom étrog est lié au mot araméen signifiant « désir ». Ainsi, dans le verset : « D.ieu fit pousser du sol tout arbre, désirable à voir et propre à la nourriture... »,13 le Targoum traduit le mot « désirable » par dimeragueg, qui partage une racine avec le mot étrog.14

 

Ceci est la source de la coutume de certaines femmes enceintes consistant à arracher de ses dents la pointe d’un étrog le dernier jour de Soukkot comme remède pour soulager les douleurs de l’accouchement.15

 

La noix : Rabbi Amram Gaon identifie le fruit défendu à une noix, et le mentionne dans l’une des bénédictions récitées lors de la cérémonie de mariage dans son sidour.16


Certains commentateurs expliquent qu’en vérité, l’interdiction de manger du fruit défendu soit incluait en elle toutes les différentes opinions mentionnées dans le Talmud (le raisin, le blé, la figue), soit s’appliquait à un fruit unique qui était un mélange de ces différentes espèces.17

 

En ce qui concerne la pomme, le consensus moderne semble être que cette idée fausse trouve son origine dans le fait que le mot latin mălum qui signifie « mal » fut associé à mālum, un autre mot latin emprunté du grec qui signifie « pomme ».

 

NOTES
1. Béréchit Rabbah 15:7.
2. Talmud, Berakhot 40a et Sanhédrine 70b ; Béréchit Rabbah ibid.
3. Voir les sources dans la note précédente.
4. Ibid.
5. Zohar 1, 73a.
6. Il n’y a, de fait, aucune obligation pour quiconque de boire le vin, mis à part pour la personne qui récite la havdala. Le sujet est ici que les femmes s’abstiennent spécifiquement de le boire, par opposition aux hommes, qui peuvent le boire s’ils le souhaitent, comme certains ont l’habitude de le faire. En outre, certains sont d’avis sur cette base, que si une femme se trouve dans une situation où elle a besoin de faire havdala elle-même, il est préférable qu’elle emploie pour cela l’une des autres boissons autorisées. Toutefois la majorité des décisionnaires sont d’opinion qu’en pareil cas, elle doit réciter havdala sur le vin, et boire le vin elle-même.
7. R. Yeshaya Halevi Horowitz, Shaloh, fin de Masekhet Chabbat, la Torah Ohr (cité par le Maguen Avraham, Ora’h ‘Haïm 296:4) : « L’Arbre de la Connaissance était une vigne, de laquelle Ève pressa du vin afin de se séparer de l’homme, qui correspond au sang menstruel de niddah. Ainsi, elle ne goûte pas au vin de la havdala (séparation). »
Le rabbin Yeshaya Viner, dans Bigdei Yesha 296:4, donne une autre explication: il explique que les 39 formes de travail interdites le Chabbat sont parallèles aux 39 malédictions qui vinrent à cause du serpent, et la havdala vient permettre le travail qui fut causé par Ève et ce qu’elle fit au monde. C’est pourquoi il convient que les femmes évitent de boire ce vin qui constitue un rappel de son péché.
D’autres encore expliquent que la raison de la coutume des femmes de ne pas boire le vin de havdala est liée à des considérations halakhiques propres à la havdala, mais qui dépassent le cadre de cet article.
8. Talmud, Berakhot et Sanhédrine, ibid.
9. Genèse 3,7.
10. Béréchit Rabba ibid.
11. Genèse 3,6.
12. Béréchit Rabba ibid.
13. Genèse 2,9.
14. Na’hmanide sur Lévitique 23,40.
15. Taamei Haminhaguim, Inyanim Shonim 68 ; Rabbi Yisroel ‘Haïm Friedman, Likoutei Mahari’h 3:106a.
16. Sidour Rabbi Amram Gaon, Seder Birkhat eroussine Venissouine, bénédiction 147.
17. Rabbi Yossef ‘Haïm de Bagdad, (le Ben Ish ‘Haï), Ben Yehoyada sur le Talmud, Berakhot 40a.

 
 

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