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Par Gérard Touaty
Notre paracha débute par un voyage qui sera loin d’être une promenade de toute tranquillité : à l’image du Juif errant, Yaakov va quitter la sérénité spirituelle où vivent ses parents, Its’hak et Rivka, pour un lieu de tous les dangers, aussi bien physiques que spirituels. Et malgré cette promiscuité, il y fondera une famille qui sera la racine du peuple juif. Le symbolisme très fort de cette situation n’a pas échappé à nos commentateurs qui la déclineront sur trois registres.
Mais commençons par le véritable point de départ, celui qui est à la source de notre vie : l’âme juive. Celle-ci, avant de quitter les mondes supérieurs pour descendre sur terre et s’habiller dans un corps, vit dans une proximité merveilleuse avec D.ieu. Puis sous la contrainte, elle va s’unifier avec un corps et en subir tous les inconvénients. La vie sur terre va (presque) lui faire oublier D.ieu et l’entraîner à suivre les pulsions du corps et les plaisirs du monde. Elle, ne veut que la spiritualité alors que le corps ne s’intéresse qu’à la matérialité. Mais, si à l’issue de cette confrontation, elle parvient à contraindre le corps à faire la volonté divine, elle remontera chez D.ieu plus grande qu’elle ne l’était avant sa descente.
Malgré l’hostilité
Yaakov suivra le même schéma : auprès de son père et sa mère, il jouissait du bonheur spirituel d’être près d’eux. Mais les aléas de la vie vont le contraindre à quitter cette quiétude pour pénétrer dans le monde et ses tourments. En s’y mariant et en y travaillant, il va devoir rester intègre et ne pas abdiquer sa spiritualité malgré l’hostilité de Lavane qui cherchera, par tous les moyens, à le déstabiliser. Mais au final, là aussi, après vingt ans de séjour sur une terre dangereuse, il retournera chez lui, non seulement grandi, mais chargé d’enfants, nés en terre d’exil, et qui resteront fidèles à son message. Puis avant d’arriver sur la terre d’Israël, il sera accueilli par des anges, indice de sa réussite spirituelle, alors qu’après avoir quitté Bercheva, il ne les avait vus qu’en rêve !
Une vitalité nouvelle
Sur le plan collectif, le peuple juif connaîtra le même itinéraire. Depuis sa constitution en tant que peuple, deux périodes marquèrent son existence. Celle du Temple et celle de l’exil. Durant la première, il connut de grands sommets de spiritualité. Puis l’exil contraignit Israël à quitter la lumière pour la pénombre de l’exil. Durant des siècles, la pauvreté, les persécutions et la dispersion constituèrent un puits profond mais cette descente allait devenir un formidable tremplin grâce auquel le peuple juif allait donner au monde une littérature d’une richesse incomparable. L’émergence du Talmud, du Midrash, du Choul’hane arou’h et de la pensée hassidique allait insuffler une vitalité nouvelle au peuple juif. Cette richesse sera le ferment de la délivrance qui dévoilera la vitalité des graines semées durant l’exil. Quelles sont ces graines ? L’étude de la Thora qui révèlera la grandeur de D.ieu. Le mot « exil » est rendu en hébreu par גולה qui, par le rajout d’un א, donne le mot גאולה qui signifie « délivrance ». En introduisant D.ieu qui est « Un » comme la lettreא , on provoque la délivrance qui propulsera Israël au-delà des limites de l’obscurité. Gérard Touaty
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