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Par Gérard Touaty
La paracha qui sera lue ce chabbath nous décrit l’évènement d’une intensité sans doute la plus dramatique de toute l’histoire de nos Patriarches : la rencontre de Yaakov et Essav (Esaü) après plus de trente cinq ans de séparation. Le premier se prépare à la guerre avec le second qui ne cherche qu’à se venger pour une bénédiction usurpée. Mais alors que l’on s’attend au pire, la tension laissera place à des retrouvailles émouvantes laissant planer au dessus d’elles… l’ombre du Machia’h.
Yaakov et son frère Essav symbolisent deux mondes. Yaakov évoque le principe de la spiritualité alors que Essav est l’incarnation de la matérialité. En voulant rencontrer son frère, et donc par là, unifier les deux mondes, Yaakov voulait provoquer la délivrance messianique. Mais les anges qu’il envoya en éclaireurs chez son frère, lui apprirent que Essav n’était pas prêt pour cette finalité historique. Toutefois, après leur rencontre fraternelle, un dialogue étonnant s’engagera entre eux. Essav veut accompagner Yaakov mais ce dernier refuse et lui annonce qu’ils se retrouveront. Quand ? se demande Rachi. Lors de la venue du Machia’h, répond-il aussitôt. Comme il est écrit : « Les sauveteurs monteront sur la montagne de Tsione (Sion) pour juger la montagne de Essav… ».
En deux étapes
Certains de nos Maîtres s’interrogent sur ce verset tiré du prophète Obadia qui n’est cité, qu’en partie, par Rachi. Le commentateur ne rapporte pas, en effet, la fin du verset qui est : « …et la Royauté sera à D.ieu ». Quelle raison a poussé Rachi à omettre la fin de ce texte ? Pour comprendre la portée de cette omission, il faut distinguer les deux parties du verset qui décrivent, en fait, deux types de situations que connaîtront les nations lors de la venue du Machia’h. Dans un premier temps les peuples du monde (symbolisés par Essav) seront sous l’influence d’Israël, non par choix délibéré mais par une sorte de contrainte spirituelle qui les amènera à servir le Créateur. C’est l’allusion de la première partie du verset qui évoque la notion de jugement (…pour juger la montagne de Essav). Quant à la seconde étape de l’ère messianique, les nations accepteront l’autorité du Créateur, non sous la contrainte, mais parce qu’elles seront pénétrées d’une réelle conviction dans la toute puissance de D.ieu. C’est le sens de la dernière partie du verset « …et la Royauté sera à D.ieu ». On peut comprendre ici, dans notre paracha, pourquoi Rachi ne cite que la première partie du verset. Il fait référence à Essav qui reconnaît l’autorité de son frère (sans plus) et ne lui fait pas de mal lors de leur rencontre. Mais il ne peut citer la fin du verset qui évoque le temps où les nations seront complètement soumises à l’autorité d’Israël.
Un langage clair
Il est remarquable de retrouver ces deux étapes dans le fameux texte du Michné Thora (1) écrit par le Rambam (Maimonide) nous décrivant l’émergence du Machia’h : « …S'il agit ainsi, réussit et parvient à vaincre les nations autour de lui puis reconstruit le Temple à son emplacement et rassemble les exilés d'Israël, c'est Machia'h avec certitude. Il corrigera le monde entier pour servir D.ieu ensemble, ainsi qu'il est dit : « Alors Je donnerai aux peuples un langage clair pour qu’ils invoquent le nom de D.ieu et pour Le servir d’un même élan ». Les mots « vaincre les nations » décrivent la première étape de la victoire de la sainteté sur les peuples de la terre mais toutefois sans que ne s’opère un changement en eux. Puis dans un deuxième temps, le monde changera radicalement et les non Juifs chercheront à servir D.ieu de tout leur être (un langage clair pour qu’ils invoquent le nom de D.ieu). Devons nous comprendre qu’ils se convertiront au judaïsme ? Il n’en sera rien, expliquent les commentateurs. Le climat de spiritualité intense qui règnera alors les incitera à s’approfondir dans l’étude et l’application des 7 lois de Noa’h (Noé)
Note (1) Lois des rois, chap. 11, parag. 4
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