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Par Gérard Touaty
C’est dans cette paracha que va commencer le prodigieux évènement de la sortie d’Egypte qui consacrera la naissance d’un peuple après 210 d’esclavage. A ce propos, les commentateurs s’étonnent du nom que la Tradition lui a donné. Vaéra signifie « Je suis apparu », et de prime abord, on peut difficilement trouver un rapport entre la délivrance et le phénomène de vision ! Pour résoudre cette difficulté nous suivrons la piste ouverte par l’un de nos plus grands Maîtres : le Rambam (1) plus connu sous le nom de Maïmonide.
Mais avant de l’expliquer, il faut se rappeler que le rapport entre la sortie d’Egypte et la vision est, aussi, une invitation à comprendre la délivrance finale avec le Machia’h, puisque la délivrance finale est calquée, par de nombreux points, sur celle de l’Egypte. Pour y parvenir, notre réflexion s’appuiera sur un texte du Rambam qui se trouve à la fin du Michné Thora, son Encyclopédie de la Loi juive (2). Là bas, il écrit que « …celui que ne croit pas en lui (en Machia’h) ou qui n’attend pas sa venue, ce n’est pas seulement les autres prophètes qu’il remet en cause mais aussi la Thora et Moché notre Maître… ».
Un monde virtuel
Beaucoup de questions ont été posées sur ce texte mais nous n’en retiendrons qu’une seule : pourquoi le Rambam ne se contente t-il pas que de la foi mais ajoute aussi, l’obligation d’attendre le Machia’h ? Deux réponses sont données par nos commentateurs. La foi, expliquent-ils, relève de la théorie. Elle n’est pas une donnée palpable, un repère visible pour autrui. Elle existe sans pour autant affecter la vie quotidienne. Il est possible de croire en vaquant à ses occupations quotidiennes. L’une n’empêche pas l’autre. L’attente, en revanche, implique une action. On quitte le monde du virtuel pour traduire la foi dans la réalité : j’ai la conviction que mon train doit arriver à 15h, mais rien dans mon comportement ne le prouvera. Par contre pour l’attendre, je dois me rendre sur le quai de la gare et guetter sans arrêt son arrivée. Le Rambam veut nous faire comprendre que la foi ne doit pas rester un sentiment ou une construction intellectuelle. Elle doit devenir un fait tangible, au point de bouleverser mon identité. Mais la seconde réponse va plus loin. Si le Rambam a lié foi et attente, en les rendant indissociables, c’est pour nous dire que si un Juif n’a pas traduit dans la matérialité sa foi, c’est l’indice qu’il ne croit pas ! L’attente sera donc le repère décisif de la valeur de la foi.
Des évènements annonciateurs
On peut comprendre à présent, pourquoi la vision occupe une place déterminante dans le processus de la délivrance. Attendre veut dire scruter le monde, voir ce qui s’y passe et lire, à travers les bouleversements du monde, la lente émergence du Machia’h. Le Talmud (3) nous donne, en effet, de nombreux indices sociologiques qui annonceront la délivrance : la maison destinée aux réunions des Sages deviendra une maison de prostitution, la science des Sages sera déconsidérée, les hommes craignant la faute seront méprisés, la vérité sera absente, les jeunes feront blanchir les personnes âgées en leur feront honte, les personnes âgées se lèveront devant les jeunes, la fille se dressera devant sa mère pour lui faire honte, la belle fille devant sa belle mère, le fils n’aura pas honte de commettre le Mal devant son père, l'effronterie augmentera, l'estime ou le respect entre les hommes prendra un mauvais chemin (4), la vigne continuera à donner son fruit mais le vin sera cher et le pouvoir politique prendra la voie de l’incroyance sans que personne ne puisse intervenir pour faire des réprimandes. Cette observation (voir) des évènements annonciateurs n’est pas seulement un indice de proximité de la délivrance. Elle vient aussi donner à l’attente une consistance et une ferveur qui d’ailleurs renforceront notre foi. Au point que certains de nos Maîtres on put dire que ce n’est pas seulement nous qui attendions Machia’h. C’est aussi lui qui nous attend. Il attend de nous un engagement plus sincère et plus enthousiaste.
Gérard Touaty
Note (1) Il naquit en 1135 à Cordoue et quitta ce monde en 1204 en Egypte. Il este enterré à (2) Tibériade. il est un des plus grands Codificateurs de la loi juive (3) Lois des rois, chap. 11, parag. 1. (4) Notamment à la fin du traité Sotta et dans le onzième chap. du traité Sanhédrine.
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