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Par Gérard Touaty
Nos Maîtres expliquent que la délivrance messianique est un concept progressif qui se forme en différentes étapes à travers l’histoire. L’une d’entre elles porte le nom de « Talons du Machia’h ». L’origine de cette expression se trouve dans le Talmud (1) et se rapporte à la période qui précèdera la venue du Machia’h.
Pour comprendre le sens de cette appellation, il faut d’abord remarquer qu’elle porte en elle une contradiction. D’un côté, le talon est la partie la plus basse du corps et la plus insensible. Aux dires de nos Maîtres du Midrach cette partie du corps est aussi appelée « Ange de la mort » du fait de son insensibilité. D’un autre côté, le talon évoque les pas, en l’occurrence ceux du Machia’h qui indiquent une certaine proximité de cet évènement grandiose. Plus encore, et plus fondamentalement : de même que le talon est la fin du corps, ainsi en est-il pour la fin de l’histoire. Ici, est suggérée l’idée que l’époque des Talons du Machia’h (dans laquelle nous nous trouvons) prouve que nous sommes dans les préparatifs de la délivrance.
A l’approche
Mais dans le même temps, le degré spirituel de la génération reste très faible, globalement insensible au judaïsme et éloigné parfois de la morale la plus élémentaire, comme le rapporte le Talmud à la fin du traité Sotta, cité plus haut : « A l'approche des temps du Machia'h, la sagesse aura perdu son parfum et l'on méprisera ceux qui craignent la faute. La vérité sera haïe, les enfants outrageront les vieillards, les adultes se lèveront devant les plus jeunes. Le fils avilira le père, la fille se dressera contre sa mère….le père de famille sera haï dans son foyer, le fils ne rougira plus devant son père ». En d’autres termes, comment, à l’approche d’un évènement si fondamental de notre histoire, pouvons-nous être les témoins d’une telle déchéance à la fois morale et spirituelle ?
Deux façons de servir D.ieu
Cette contradiction, expliquent les commentateurs, met en valeur le lien profond qui peut rapprocher le niveau le plus élevé du niveau le plus bas, entre la tête et le pied. C’est précisément parce que l’on se trouve au degré le plus bas… que l’on peut entendre les pas du Machia’h. Pour comprendre cette idée, retenons qu’il existe deux façons de servir D.ieu. La première fait appel aux capacités naturelles et normales d’un Juif. Il se soumet à D.ieu en pratiquant les commandements divins :
il étudie la Thora, prie trois fois par jour, mange cacher, respecte le chabbath etc. La seconde façon fait appel aux forces cachées d’un homme quand il se trouve dans des situations difficiles. Il désire fortement servir D.ieu mais il est malade, il est en exil ou il ne connaît pas le judaïsme. Dans tous ces cas, les obstacles qui se dressent devant lui, vont le contraindre à se dépasser pour servir D.ieu. Et les efforts qu’il fournira alors, vont lui faire découvrir des forces intérieures insoupçonnées qui vont le hisser à un niveau qu’il n’aurait jamais atteint avec un service de D.ieu normal. A présent tout devient clair. Incontestablement, la situation morale de notre époque est effrayante et le niveau de pratique du judaïsme se situe à un niveau très bas. Mais cette condition est, quelque part, une formidable opportunité pour déclencher la révélation du Machia’h. C’est, en effet, la profondeur de l’exil qui incite le Juif à lever les yeux au Ciel. La douleur qu’il ressent va l’inciter à déployer des efforts gigantesques pour sortir de son judaïsme tranquille et limité afin de révéler sa dimension divine qui, jusqu’à présent, dormait en lui. En se dépassant, il entraîne D.ieu à révéler Sa lumière pour éclairer l’humanité. Très bientôt.
Gérard Touaty
Note
(1) A la fin du traité Sotta
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