|
Magazine -
Editorial
|
|
Dimanche, 22 Décembre 2013 13:53 |
|

Les jours d’hiver déroulent leurs méandres avec cette lenteur qui leur est propre. Succession de périodes de relative douceur et de temps de froid glacial, ils font descendre sur les hommes une espèce de pesanteur, comme si tout était empreint d’une sorte d’épuisement qui verrait chacun entrer dans une phase nouvelle de semi sommeil. Certes, la vie continue par ailleurs et chacun de se livrer à ses occupations habituelles, qu’elles soient d’ordre matériel – activités scolaires ou professionnelles – ou spirituel – étude ou prière. Pourtant tout cela semble comme plus lourd, comme si le corps pesait davantage, était devenu plus difficile à déplacer… Pour certaines espèces animales, cette sensation caractéristique de la période hivernale porte un nom : l’hibernation. Et elle conduit à un endormissement complet. Mais l’homme y est normalement étranger, que se passe-t-il donc ?
Les Sages décrivent le mois de Tévet que nous traversons actuellement dans le calendrier juif. Ils indiquent : «C’est le mois où le corps a plaisir du corps.» Cette phrase – légitimement surprenante – recèle un double sens. On peut évidemment la comprendre comme consacrant définitivement le mois de Tévet au seul domaine du matériel. Mais les commentateurs vont au-delà de cette première analyse et traduisent la formule par «l’homme, avec ses actes matériels/corporels, apporte un plaisir profond à l’Essence de D.ieu.» Ils nous mettent ainsi devant une manière d’embranchement : ce moment est celui du plaisir, à nous de choisir celui qui nous semble plus urgent. Disons-le d’une autre façon : nous pouvons suivre la voie de l’hibernation molle ou celle de l’enthousiasme constant.
Le peuple juif a toujours fait le choix de l’action. Il continue aujourd’hui de l’affirmer haut et fort : le sommeil, l’acceptation d’une certaine pesanteur des choses ne peuvent avoir de prise réelle sur lui. Il est décidément un indomptable partisan de la vie. L’hiver ou la difficulté des temps n’y changent rien. «Il ne dort ni ne sommeille le Gardien d’Israël» déclarent les textes, et – même si c’est avec une autre portée – Son peuple non plus.
|