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Vivre avec la délivrance : "Le Rabbi et le monde" par Gérard Touaty
Magazine - Editorial
Vendredi, 11 Avril 2014 11:33

 

 

 

La révolution opérée par le Rabbi, depuis son accession à la tête du mouvement Loubavitch, ne concerne pas seulement l’approche de la Thora ou la relation à autrui, comme on le sait. C’est dans le rapport de la Thora avec le monde que l’on peut réellement parler d’innovation.

Avant le Rabbi, lorsqu’un cambriolage se produisait dans une maison juive, la première réaction était de vérifier l’état des serrures. Avec le Rabbi, une orientation nouvelle va voir le jour : le Rabbi va lentement ancrer l’idée qu’il faut peut être vérifier l’état des mézouzoth pour comprendre l’origine de cet incident.

A quelle idée obéit cette démarche ? Pour répondre à cette question, il faut remonter à la source de la pensée hassidique. Son fondateur, Rabbi Israël Baal Chem Tov bouleversa les fondements de la pensée juive de son époque quand il donna une nouvelle impulsion au concept de « Hachga’ha pratith » (Pouvoir divin sur chaque détail de la création). Lire la suite

Avant le Baal Chem Tov, il était admis que la providence divine s’exerçait sur chaque détail de la vie de l’homme mais elle n’était que générale sur les règnes minéral, végétal et animal. Le Baal Chem Tov remis alors en cause cette conception en expliquant que D.ieu intervenait sur chaque élément du monde, aussi petit soit-il, et cela jusqu’au plus petit détail de l’univers. Cela signifiait de plus, que l’ensemble de la création et tous les évènements qui s’y produisaient avaient un lien avec la divinité.

La conséquence de cette option ouvrait alors une nouvelle voie dans le service de D.ieu : chaque Juif devait s’habituer à voir la Présence et l’Action divine dans chaque évènement de son existence, et à plus forte raison dans les évènements de l’histoire. En d’autres termes, ce réflexe de la pensée devenait un axe essentiel de son judaïsme.

On peut comprendre à présent la démarche du Rabbi : puisque aucun élément du monde ne peut être séparé de D.ieu, la cause de la porte fracturée est à chercher dans la mézouza, dont la fonction est de protéger l’homme chez lui et quand il sort ! En cela, le Rabbi est l’héritier par excellence de la philosophie du Baal Chem Tov.

Cette conception du rapport de la Thora avec le monde s’inscrit dans le sillage de l’idée selon laquelle le Machia’h est un homme de paix, celle qui concilie les options de la Thora avec la réalité du monde.

Mais il y a plus. En conseillant, presque systématiquement, de vérifier l’état des Mézouzoth pour corriger un problème de santé ou une difficulté d’ordre matériel, le Rabbi établit d’une manière décisive que c’est la Thora qui détermine la marche du monde et non le contraire. En général, l’homme pense que le spirituel et le matériel sont deux mondes hermétiques l’un à l’autre et que tout ce qui touche à la religion n’a que peu d’incidence sur le monde.

Plus de soixante ans après son accession à la tête du mouvement Loubavitch, le Rabbi a prouvé le contraire en redonnant à la Thora la place et le lustre qu’elle possède naturellement de par son origine divine. Mais ce n’est pas tout. On voit aujourd’hui des Juifs de tous milieux et bien souvent des Juifs éloignés d’une pratique orthodoxe du judaïsme, vérifier l’état de leurs Mézouzoth sans avoir reçu un conseil ou même sans parfois connaître le Rabbi.

Ce point relationnel avec le Rabbi qui dépasse l’entendement est un avant goût de l’audience royale que le Machia’h aura sur tous ses sujets : un Rav établit toujours un lien personnel avec les membres de la communauté qu’il dirige, à la fois du fait de sa fonction et du fait de l’étendue réduite de son influence. Ce qui n’est pas le cas pour un roi qui exerce un pouvoir sur chaque sujet de son peuple sans pour autant que chacun d’entre eux connaisse le roi en particulier.

Allons plus loin. Avant le Rabbi, il ne serait venu à l’idée d’aucune autorité rabbinique de se mêler de politique. On a vu, certes, de grands rabbins intervenir dans la vie politique de l’Etat d’Israël mais ces interventions ne concernaient que des sujets qui affectaient plus ou moins la vie du monde religieux. Le Rabbi ira plus loin quand il interviendra systématiquement lors de tous les conflits que connaîtra l’Etat d’Israël. Là aussi, cette « ingérence » est l’un des traits distinctifs du Machia’h qui aura une action unitaire sur le peuple juif ne se limitant pas à la sphère religieuse. Ici encore, le Rabbi démontre que c’est l’opinion de la Thora qui doit prévaloir pour déterminer l’avenir du peuple juif et non les intérêts politiques.

Mais l’innovation du Rabbi dans le rapport de la Thora avec le monde trouve, sans conteste, sa plus noble expression dans son approche qu’il a avec l’autre Juif. On sait combien le Baal Chem Tov affectionnait particulièrement les Juifs simples qui ne se distinguaient par aucune qualité particulière et qui, pour la plupart, s’étaient éloignés du judaïsme. A son époque, cette attitude tenait de la révolution : un Juif sans Thora a-t-il tellement de valeur pour qu’un rabbin s’intéresse à lui ? Mais le fondateur du hassidisme révéla que chaque Juif possédait une âme divine dont la valeur dépassait toutes les normes rationnelles et qu’à ce titre, il fallait considérer chaque Juif, érudit ou non, comme un être exceptionnel.

Le Rabbi va conforter cette perspective pour l’amplifier à l’échelle de tout le peuple juif. Scandale dans le monde religieux. Comment peut-on sacrifier le temps précieux de l’étude de la Thora pour mettre des Téphilines à un juif ou pour lui faire allumer les lumières de ’Hanoucca ? Cette nouvelle orientation sera l’objet de toutes les moqueries mais avec le temps, elle deviendra une normalité au point que l’initiative de rapprocher des Juifs du judaïsme sera un objet de fierté pour toutes les tendances de la communauté orthodoxe…en oubliant qui en fut l’initiateur.

Un Juif religieux fut, une fois, amené à participer à une réunion hassidique qui avait lieu à Kfar ’Habad. Il fut particulièrement choqué de constater la présence importante de Juifs non religieux dans l’assistance et plus particulièrement à la tribune d’honneur. Il fit part de son sentiment à l’un des responsables du mouvement ’habad qui à son tour le signala au Rabbi. La réponse du Rabbi ne tarda pas : si à la suite de cette réunion un seul et unique Juif met les Téphilines et même s’il le fait plus tard, cela valait la peine de faire cette réunion.

En rapprochant les Juifs les plus éloignés de leur source de vie, le Rabbi prépare le monde à l’avènement du temps de l’unité du Créateur avec Son peuple.

 

 
 

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