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Cela fait environ deux semaines à présent. Déjà deux semaines que la nouvelle éclata, bouleversant tous ceux qui l’avaient connu, approché ou simplement avaient pris la mesure de ce qu’il avait accompli dans les quatre décennies écoulées : le Rav Azimov était décédé.
Malgré les innombrables témoignages de sympathie, les multiples anecdotes rapportées, tout n’a sans doute pas été dit. Il ne saurait en être autrement pour une personnalité qui, installée à Paris en 1968, réussit à y faire apparaître un véritable bonheur d’être juif, une joie de vivre pleinement dans la cité sans rien perdre de soi-même, que la dureté des temps avait peu à peu fait perdre de vue.
Il n’en reste pas moins que, au-delà du manque que son absence suscite en chacun, au-delà de l’immense perte dont on aura encore longtemps peine à réaliser la réalité ou la portée, sa disparition nous invite à réfléchir à l’œuvre accomplie.
Qui se souvient encore de cette époque – si lointaine et si proche – où marcher dans les rues de la capitale avec la tête couverte tenait de la gageure, comme un défi aux usages si puissants en ce temps-là ? Qui se souvient de la bataille que constituaient des choses qui apparaissent aujourd’hui si élémentaires : respecter le Chabbat, disposer de tous les produits cachères nécessaires, étudier la Torah… ? Pour certains, le judaïsme semblait déjà appartenir au passé, prêt à être remisé au magasin des accessoires, si charmants par la nostalgie qu’ils soulèvent et si inutiles pour la même raison.
Rav Azimov s’installe donc alors à Paris, envoyé par le Rabbi, et voici qu’un nouveau temps commence. Voici que les cours se multiplient, que la communauté juive retrouve le chemin d’elle-même. De tout cela, il fut l’initiateur. Mû par un enthousiasme, une foi, une énergie que rien ne put jamais démentir, il sut donner un nouveau sens au mot «vivre» ou, mieux encore, en transmettre la profondeur à tous.
A présent, ses élèves, ses amis, tous ceux qu’il a croisés lui rendent hommage avec les responsables communautaires ou civils.
Mais il ne faut pas se méprendre. Rav Azimov n’est pas de ces hommes sur lesquels on tourne une page pour dire qu’il faut passer à «autre chose». Sa vie est une leçon et son action, un guide. Une telle page ne se tourne pas, elle continue de s’écrire jour après jour.
Qui en sera donc l’auteur à partir de maintenant ? Chacun d’entre nous. Nous sommes les dépositaires d’un prodigieux héritage. A nous de poursuivre l’œuvre : le souvenir est précieux mais c’est dans l’avenir qu’il montrera sa puissance. Jusqu’à ce que la venue du Machia’h fasse «se lever et chanter ceux qui dorment dans la poussière» et Rav Azimov parmi eux.
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