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Il s’appelait Yaakov et avait grandi avec ses frères et sœurs dans la communauté Loubavitch de New York. Sérieux dans ses études juives, Jack se posait néanmoins toutes sortes de questions et, au fur et à mesure que les années passaient, il s’enferma dans ses questions et finit par s’enfuir : non pas loin de ses questions mais loin de ses parents, loin de sa communauté, loin de la Torah et de ses obligations.
Pour couper tout lien avec son passé, il décida de s’enrôler dans l’armée américaine : pour cela, il changea son prénom hébraïque pour le prénom Jack, de façon à oublier de toutes les manières possibles son origine et son appartenance religieuse. Quand on lui demandait quelle était sa religion, il répondait sans hésiter : catholique. Plus rien dans sa façon d’agir ne pouvait laisser deviner qu’il avait une fois été un studieux élève de Yechiva. Comme ses camarades, il vivait avec les conflits internationaux du moment, s’exerçait au maniement des armes et était prêt à s’envoler pour toutes les missions périlleuses jugées utiles par son gouvernement. Le service militaire le maintenait occupé, ses questions ne le taraudaient plus, il avait bizarrement trouvé la sérénité dans ce nouvel environnement.
Après avoir achevé son entraînement, il fut envoyé pour se battre en Afghanistan. Pour qui, contre quoi, cela n’avait pas d’importance à ses yeux, il était un soldat américain et servait sa patrie, cela lui suffisait.
Mais un jour, alors qu’il était assis avec des centaines de ses camarades chrétiens dans la grande salle à manger de sa base, un prêtre ouvrit brusquement la porte, demanda le silence – ce qui lui fut accordé vu son statut d’aumônier, très respecté dans l’armée américaine. Il brandissait… un rouleau de parchemin largement ouvert et demanda : «Qui parmi vous sait ce que représente ce rouleau ?». Jack le reconnut immédiatement : c’était une Méguilat Esther, le rouleau de parchemin sur lequel est inscrite toute l’histoire de Pourim ! «Un soldat juif a reçu d’une organisation d’aide aux soldats juifs cet objet et il ignore à quoi il sert : quelqu’un ici pourrait-il l’aider ?», continua l’aumônier.
Mais Jack choisit de ne rien dire, de ne surtout pas se faire remarquer, de ne surtout pas avoir affaire au judaïsme alors qu’il se trouvait si bien, si loin…
Bien que le prêtre n’ait obtenu aucune réponse, il revint à la charge le lendemain : peut-être des soldats absents la veille reconnaîtraient cet étrange objet… Une fois de plus, Jack ne montra aucun intérêt particulier pour le rouleau exhibé par l’homme de religion.
La nuit suivante – qui se trouvait être la nuit de Pourim – le prêtre demanda encore une fois, d’un ton presque désespéré : «Personne ne sait de quoi il s’agit ? Un de nos soldats juifs l’a reçu pour la fête de Pourim de la part de l’Institut Aleph basé à Miami ; il est heureux de savoir qu’on pense à lui en cette période de fête mais il ne sait absolument pas se servir de cet objet de culte : personne pour l’aider ?».
Cette fois, Jack ne parvint plus à se contenir. Il se leva et s’approcha du prêtre : il se présenta comme ce qu’il était : un Juif qui avait reçu une solide éducation juive, qui appartenait au même mouvement que l’Institut Aleph, qui connaissait parfaitement l’histoire de la Méguilat Esther : il la raconta au soldat qui avait reçu cet «objet de culte» et proposa même de la lire pour lui, comme il savait très bien le faire. Il se souvenait aussi de quelques explications qu’il présenta à son nouvel ami : il en avait les larmes aux yeux.
Cette nuit-là, Jack put à peine fermer l’œil. Il avait ressenti que la Méguila lui était destinée à lui aussi et que, malgré l’éloignement – physique mais surtout spirituel – le Rabbi ne l’avait pas abandonné. Il avait reçu de l’institut Aleph créé par un Chalia’h (émissaire du Rabbi) une Méguila porteuse d’un message : «Révèle ce qui est si profondément caché en toi, libère enfin ton âme juive éternelle !»
Le lendemain, il écrivit une lettre à ses parents, pour la première fois depuis son départ de la maison : tout en décrivant ce qui était arrivé, il leur demandait de lui pardonner sa trop longue absence, son trop long silence et annonçait sa décision de revenir à sa famille et à une vie juive de Torah et Mitsvot.
Traduit par Feiga Lubecki
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