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Mon fils et ma belle-fille dirigent un Beth ‘Habad à Beer Sheva et me demandèrent un jour de donner une conférence devant les dames de leur communauté. Ils m’expliquèrent que leur Rav leur avait permis de mettre en vente des dollars qu’ils avaient reçus du Rabbi afin de ramasser des fonds pour leurs activités en faveur du judaïsme : ils avaient donc décidé de se séparer de deux billets d’un dollar qu’ils avaient fait encadrer avec une photo du Rabbi : chacun serait vendu pour le prix de 3600 shekels.
En entrant dans le Beth ‘Habad, j’eus la surprise d’apercevoir plus de 150 femmes venues tout spécialement pour écouter des paroles de Torah. Je parlais aussi bien que je pus et, à la fin, alors que l’assemblée semblait chauffée à bloc, j’annonçai que le Beth ‘Habad était prêt à offrir des dollars du Rabbi (bien que cela représente un effort psychologique immense) et exhibai un des cadres en précisant le prix : 3600 shekels. Je pensais que peut-être dix femmes se cotiseraient pour acquérir ensemble un de ces cadres mais une femme leva le doigt pour l’acheter.
- Etes-vous sûre de vouloir l’acheter à ce prix ? demandai-je, surprise.
- Bien sûr ! L’année dernière, j’ai acheté un dollar du Rabbi et il m’est arrivé beaucoup de bonnes choses depuis et c’est pourquoi je veux en acquérir un autre !
- Par exemple ?
- Cela faisait sept ans que je cherchais à acheter un appartement : les prix étaient faramineux. Mais dès que j’ai acheté ce dollar du Rabbi, j’ai trouvé un appartement spacieux, au quart de la somme que j’étais prête à mettre !
Je m’apprêtais à brandir le second cadre mais déjà une seconde dame avait demandé à l’acheter. Une troisième dame s’exclama : « Ce n’est pas juste ! Moi aussi je voulais l’acheter mais vous n’avez pas regardé dans ma direction ! ». Ma belle-fille prit la parole et déclara qu’elle possédait d’autres cadres et que quelqu’un irait les chercher chez elle. Pendant ce temps, Angelica expliqua pourquoi elle tenait à ce dollar bien qu’elle soit habillée de façon… disons moderne : ses enfants étaient nés prématurément et ne pesaient qu’un kilo à la naissance avec toutes les complications que cela implique mais, grâce à la bénédiction du Rabbi, ils avaient surmonté l’épreuve et étaient maintenant âgés de 6 et 8 ans : le Rabbi les avait vraiment sauvés ! Ils fréquentaient une école Loubavitch. Elle souhaitait acheter le dollar pour le mérite de son frère, âgé de 31 ans qui, lui, était devenu Loubavitch et cherchait à se marier : nous l’avons toutes béni pour qu’il trouve très bientôt une épouse à la mesure de ses qualités.
La conférence se termina aux alentours de minuit.
J’aurais dû rentrer à Tsfat (Safed) le même soir parce que je devais enseigner à l’école là-bas mais le chauffeur de taxi que j’avais prévu ne vint pas et je fus forcée de passer la nuit à Beer Sheva chez mes enfants. Quelques heures plus tard, je devais comprendre pourquoi la Providence divine en avait ainsi décidé…
Le lendemain matin, je profitai un peu de mes petits-enfants avant de prendre un bus pour Acco et, de là, un taxi pour Tsfat. A dix heures, Angelica frappa à la porte et fut heureuse de pouvoir me parler avant mon départ : dès qu’elle avait acheté le cadre, elle avait regardé intensément la photo du visage du Rabbi : « Rabbi ! Vous savez que je n’ai pas d’argent mais ce n’est pas grave. Toute ma vie, j’ai espéré me procurer un portrait de vous ainsi qu’un dollar… Si D.ieu veut, demain j’irai emprunter l’argent pour m’acquitter de ma dette ! ».
Elle avait ensuite téléphoné à son frère :
- Avraham ! J’ai acheté un dollar pour ton mérite afin que tu trouves enfin ta fiancée ; toutes les femmes t’ont béni !
- Combien cela t’a-t-il coûté ? demanda-t-il, surpris.
- 3600 shekels !
- Comment as-tu pu t’engager pour une telle somme alors que tu n’as même pas de quoi nourrir tes enfants ? s’énerva-t-il.
Peinée par sa réaction si peu enthousiaste, elle avait raccroché. Quand elle arriva à la maison, son fils aîné lui ouvrit la porte : «Maman ! Que t’est-il arrivé ? Ton visage brille ! Où étais-tu ? Devine qui est là !»
Elle entra dans la salle à manger : son frère aîné était là, comme si c’était la chose la plus naturelle au monde. Or, cet homme était marié à une femme non-juive, en avait eu deux enfants et n’était jamais venu lui rendre visite, n’avait jamais voulu avoir affaire à elle ! Le frère Loubavitch était venu un jour proposer de mettre des Mezouzot aux portes de sa maison et, non seulement il avait refusé mais, de plus, il s’était énervé et l’avait chassé en l’avertissant de ne plus jamais revenir !
En apprenant que sa sœur revenait d’une réunion de femmes et qu’elle y avait acheté un cadre, il resta songeur : « Je sais Angelica que, tout ce temps, j’aurais dû t’aider financièrement… ». Il sortit son porte-monnaie et en sortit des liasses et des liasses de billets qu’il posa sur la table : des milliers de shekels !
- Reprends tes billets ! déclara-t-elle sèchement. Je sais que tu vas regretter ton geste. Tu es certainement ivre !
- Pas du tout ! s’exclama-t-il tout en continuant à poser des billets sur la table.
Elle prit un sac et y posa tous les billets mais il continua à sortir des billets de sa poche jusqu’à ce qu’il s’endorme sur le canapé. Le lendemain, elle tenta de lui faire reprendre l’argent ou, au moins le surplus de 3600 shekels mais il refusa : « Je suis sûr que tu sauras quoi faire de ce qui reste ! ». Et il partit.
Elle avait été si surprise de ce dernier développement qu’elle était venue me le raconter et avait été heureuse de « m’attraper » avant que je ne quitte la ville !
- Je n’ai pas dormi de la nuit ! Je sens que ce dollar du Rabbi a changé toute ma vie !
- Angelica ! Quel problème avec le fait de changer toute votre vie ? Il existe de très jolies perruques, exactement assorties à votre teinte de cheveux… Et puis, vous devriez peut-être changer de prénom et adopter un prénom juif… Demandez à Yossi (mon fils) d’annoncer votre nouveau prénom juif ce Chabbat lors de la lecture de la Torah !
Ma belle-fille qui avait écouté toute l’histoire fit remarquer que son amie originaire de Russie et qui était docteur portait elle aussi la perruque comme de nombreuses femmes juives mariées, ainsi que l’exige la Hala’ha : Angelica n’arrivait pas à la croire tant cette perruque paraissait naturelle et elle décida d’en parler avec elle. Effectivement, Angelica s’acheta une jolie perruque, changea sa garde-robe et, ce Chabbat, reçut le prénom ‘Hanna : elle a changé toute sa vie ! Son frère aîné qui lui avait donné tout cet argent garda le contact avec elle…
Dernièrement je suis retournée à Beer Sheva, chez mon fils et son épouse : sur l’étagère du salon trônait un faire-part de mariage : le frère de ‘Hanna (Angelica), celui qui était devenu Loubavitch et avait du mal à trouver l’âme-sœur, se mariait cette semaine !
Chaya Rachel Hendel
Traduite par Feiga Lubecki
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