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De même qu’avant, le Rabbi parlait à chacun selon son propre «langage», de même aujourd’hui, ce n’est pas différent. Notre lien avec le Rabbi se perpétue, chacun à sa façon et je vais vous en donner deux illustrations.
Voici une anecdote qui m’est arrivé il y a très longtemps mais qui m’inspire encore aujourd’hui. J’avais seize ans et j’étudiais à la Yechiva Loubavitch de Morristown, New Jersey : le directeur en était mon grand-père, Rav Meir Greenberg, de mémoire bénie.
Mon grand-père était un vrai grand-père : si je ne me sentais pas bien et que je le lui racontais, il me prenait immédiatement chez lui pour que je me repose ou, éventuellement, pour aller consulter un docteur.
Un jour, je lui expliquai que j’avais un ongle incarné qui commençait à s’infecter. Dès qu’il entendit le mot «infecter», il me mit dans sa voiture et m’amena à Patterson pour un rendez-vous chez un pédicure dont il avait fait la connaissance quelques semaines auparavant.
Ce pédicure n’avait pas encore l’habitude «de prendre des gants» dans sa façon de parler – peut-être parce qu’il était jeune. Il se servit du mot «amputer» pour décrire l’opération qui consisterait à couper une partie de l’ongle.
Durant les vingt minutes pendant lesquelles je restais dans son officine, je crois qu’il utilisa le mot «amputer» une trentaine de fois.
Ce mot me traumatisa tellement que je déclarai à mon grand-père que je m’opposais fermement à toute opération, quelle qu’elle soit, tant que nous n’aurions pas téléphoné au Rabbi pour recevoir sa bénédiction. J’étais absolument ferme dans ma décision et je refusais systématiquement toute «amputation» de mon ongle des pieds tant que je n’aurais pas reçu la bénédiction du Rabbi.
Ennuyé, mon grand-père comprit qu’il n’y avait rien à faire d’autre que d’accéder à ma demande. Il téléphona au bureau du Rabbi à New York, se mit à parler avec l’un des secrétaires et, d’un ton hésitant et penaud, demanda timidement si on pouvait faire passer une note dans le bureau du Rabbi pour lui demander sa bénédiction pour son petit-fils qui allait se faire enlever un ongle incarné. Il y eut un grand silence à l’autre bout du fil : «Vous parlez sérieusement ?» finit par demander le secrétaire, surpris par l’apparente futilité de «l’opération». Mon grand-père me jeta un coup d’œil anxieux et affirma au secrétaire qu’il parlait tout à fait sérieusement.
Après avoir raccroché le combiné, mon grand-père déclara que, puisque nous avions contacté le secrétariat du Rabbi, nous pouvions considérer que la bénédiction était accordée. Il ajouta que nous ne devions pas nous attendre à recevoir une réponse parce que le Rabbi était très occupé et recevait des lettres et demandes de bénédiction pour des sujets beaucoup plus importants (le Rabbi recevait des centaines de lettres chaque jour et sans doute autant de demandes de bénédiction et conseil par téléphone).
Vingt minutes plus tard, le téléphone sonna. C’était le secrétariat du Rabbi !
- Rav Greenberg ! Je dois vous avouer la vérité ! Quand vous m’avez téléphoné pour demander une bénédiction pour l’opération d’un ongle incarné de votre petit-fils, j’ai beaucoup réfléchi parce que je ne voulais pas déranger le Rabbi avec ce qui me semblait si futile. Cependant, j’ai écrit ce que vous m’avez demandé et j’ai placé la note tout en dessous d’une pile d’enveloppes que j’apportais au Rabbi. Quand j’ai posé la pile sur le bureau du Rabbi, il a poussé de côté une par une les enveloppes jusqu’à ce qu’il arrive à la note concernant votre demande. Le Rabbi la lut puis me dit : «Appelez-le immédiatement et dites-lui que tout se passera bien !».
C’est effectivement ce qui se passa.
Le Rabbi avait de nombreuses tâches à accomplir ce jour-là, j’en suis sûr. L’ongle incarné d’un adolescent de 16 ans n’était pas le sujet le plus urgent. Mais le Rabbi prit quelques minutes de son emploi du temps surchargé pour s’assurer que je me sentais bien !
* * *
Une autre anecdote : notre fils cadet souffre d’une maladie juive, génétique chronique. Sa première année de vie fut des plus difficiles. Un vendredi soir, il fut si malade que nous avons dû l’emmener en ambulance à l’hôpital : toute la nuit, l’équipe d’urgence s’occupa de l’opérer et les pronostics étaient peu encourageants : d’ailleurs quelques jours plus tard, il n’avait pas encore regagné sa pleine conscience.
Mon épouse et moi-même nous nous relayions à son chevet : je restai la nuit et elle restait le jour. Un certain matin, quand ma femme arriva pour prendre la relève, j’étais au bord de la crise de nerfs : le médecin venait de nous donner des nouvelles angoissantes. Que personne ne connaisse pareille situation !
Alors que je descendais l’escalier pour récupérer ma voiture et me rendre à la maison, je me mis à tenir une conversation privée avec le Rabbi : «Rabbi ! J’ai besoin d’un signe que vous êtes avec moi, un signe clair qui n’exige pas l’aide d’un grand Sage pour le comprendre ! Je n’en peux plus ! J’ai besoin de savoir que vous êtes avec nous !».
J’étais plongé dans mes pensées, oublieux de tout ce qui m’entourait. Je donnai distraitement au concierge un billet de dix dollars pour qu’il me cherche ma voiture tandis que je gardais les yeux fermés, en continuant ma «communication privée» avec le Rabbi. Le concierge se rappela à mon attention et me rendit la monnaie avec des petites coupures. Je sortis de ma rêverie et remarquai que sur l’un des billets, il y avait des mots écrit en hébreu. Et voici la traduction approximative de ce que je lus : «Reçu de la sainte main du Rabbi de Loubavitch le 3 Elloul 5746 (1986)» !
Recevoir un billet d’un dollar du Rabbi lui-même était déjà un signe clair et évident pour moi. Mais, de plus, le 3 Elloul marque le Yortseït (l’anniversaire du décès) de mon grand-père d’après lequel mon fils a été nommé.
Je me mis à pleurer. Je téléphonai à ma femme qui était restée dans la chambre avec notre fils et j’affirmais : «Je sais que tout se passera bien !».
Quarante-cinq minutes plus tard, mon fils se réveilla.
Rav Mendel Samuels – Connecticut – L’Chaim N° 1327
Traduit par Feiga Lubecki
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