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Le Rabbi a fait partie de ma vie depuis aussi longtemps que je m’en souvienne. Peut-être le souvenir le plus lointain que j’en ai date de ma première coupe de cheveux, à l’âge de trois ans, comme le veut la coutume. Toute notre famille avait eu le privilège de pouvoir entrer dans le bureau du Rabbi pour une audience privée. Mes parents discutaient avec le Rabbi de sujets très importants tandis que moi, enfant turbulent de trois ans, je m’amusais et explorais le bureau en jouant. Le Rabbi se pencha vers moi et me tendit une pomme qu’il avait prise de son tiroir. Je n’avais jamais vu une aussi belle pomme : maintenant je sais qu’il s’agissait d’une pomme Golden Delicious.
Je me mis à saliver ; le Rabbi me sourit et me dit : «Prononce la bénédiction !».
La bénédiction correcte, bien sûr, est Boré Peri Haètz, «…Qui a créé le fruit de l’arbre». Mais je m’embrouillai et prononçai la bénédiction Chéhakol Nihya Bidvaro «…Qui a tout créé par Sa parole».
Mon père qui était un grand ‘Hassid, d’une immense humilité et d’une très grande bonté dut être horrifié de ma sottise ; je pouvais voir la sueur perler sur son front. Son jeune fils venait de se tromper de bénédiction juste devant le Rabbi ! Que pouvait-il arriver de pire ?
Mais le Rabbi calma immédiatement la situation et déclara : «Il n’y a aucun problème parce que la bénédiction Chéhakol rend quitte de toute autre bénédiction !». Et l’atmosphère se détendit par ce que le Rabbi avait dit. Bien sûr, telle est la loi tranchée : si, par erreur, on a prononcé Chéhakol au lieu de Haètz, on est quand même quitte de la bénédiction.
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Avant ma Bar Mitsvah, ma famille fut reçue à nouveau par le Rabbi et cette audience, plus qu’aucune autre, je ne l’oublierai jamais. Après avoir parlé avec mon père, le Rabbi se tourna vers moi et me parla comme un général parle à ses soldats : «Quand tu grandiras, tu deviendras mon émissaire personnel !». Ces mots me touchèrent très, très profondément – bien que j’aie été encore très jeune. Et ce sont ces paroles qui ont donné tout son sens à ma vie et qui sont devenues la lumière qui me guide encore aujourd’hui. A partir de ce moment, j’ai ressenti un lien très spécial avec le Rabbi, quelque chose qui m’a aidé dans les moments difficiles et qui m’accompagne quand tout va bien également.
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En 1980, je suis devenu Chalia’h (émissaire) du Rabbi en Californie, dans le quartier nord de Los Angeles qu’on appelle The Valley. Et là, je souhaite raconter combien le Rabbi avait d’influence sur ma communauté.
Un de nos grands donateurs s’enrichissait surtout à la Bourse : actions, obligations et que sais-je encore. Puis il décida d’investir presque toute sa fortune dans l’immobilier mais cela ne lui réussit pas trop. Il risquait de perdre tout son argent. Inutile de décrire sa déception qui frôlait même la dépression. J’écrivis immédiatement au Rabbi pour lui. Et le Rabbi répondit : «Vérifiez ses Téfilines et ses Mezouzot, je penserai à lui dans mes prières».
Nous avons donc procédé à l’examen attentif de ses Mezouzot : il avait une vaste demeure et donc de nombreuses Mezouzot, ce qui nous a pris beaucoup de temps. Nous avons aussi vérifié ses Téfilines. Les Mezouzot étaient correctes mais il y avait de petits problèmes avec les Téfilines et nous avons procédé aux corrections qui s’imposaient. Cependant, sa situation financière ne s’améliora pas, loin de là et devenait même dramatique. J’écrivis de nouveau au Rabbi qui, cette fois-ci, demanda uniquement : «Vérifiez les Mezouzot». Il n’avait pas mentionné les Téfilines et nous en fûmes soulagés. Nous avons de nouveau vérifié toutes les Mezouzot sans rien trouver de répréhensible. En attendant, l’homme continuait à perdre de l’argent, beaucoup d’argent !
J’écrivis au Rabbi pour la troisième fois et il répondit encore : «Vérifiez les Mezouzot !».
Nous savons qu’une Mezouza a la capacité étonnante de protéger une personne à l’intérieur comme à l’extérieur. Elle suscite la plus grande protection divine. Nous n’avons donc pas pris à la légère la directive du Rabbi, surtout qu’il nous demandait cela pour la troisième fois.
Je fis appel à un spécialiste des lois des Mezouzot, Rav Aharon Abend de North Hollywood. Il se rendit avec nous au domicile de cet homme et nous avons réfléchi ensemble où pouvait se cacher le problème.
Soudain la maîtresse de maison se souvint : «Nous avons une porte dans le jardin que nous avons condamnée. C’est encore une porte mais nous ne l’utilisons plus. La végétation l’a presqu’entièrement recouverte et je pense que nous n’avons pas vérifié la Mezouza !»
Nous avons couru dans le jardin, nous avons écarté les herbes folles qui poussaient tout autour et effectivement, nous avons trouvé une porte condamnée avec une petite Mezouza. Quand nous l’avons examinée, nous avons trouvé un problème : dans la dernière phrase «Kimé Hachamayim Al Haaretz», il manquait les deux derniers mots : Al Haaretz, c’est-à-dire «sur la terre», ce qui est une allusion claire à l’immobilier !
La Mezouza fut corrigée et l’homme retrouva toute sa fortune !
Imaginez-vous : le Rabbi était à Brooklyn et pourtant il savait qu’il se trouvait une Mezouza en Californie – de l’autre côté du continent nord-américain – qui avait un problème. Il nous demanda de la corriger non pas une fois, non pas deux fois mais trois fois jusqu’à ce qu’on localise le problème ! C’est absolument incroyable !
Rav Mordechai Einbinder – JEM – Avner Institute
Traduit par Feiga Lubecki
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