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En 2013, peu avant notre arrivée en tant qu’émissaires du Rabbi dans le village de Tzur Yitshak, quelqu’un nous a suggéré d’aller faire connaissance d’amis à lui qui habitaient dans ce village. Nous avons contacté cette famille en nous présentant comme des résidents potentiels et avons demandé à les rencontrer pour mieux nous renseigner sur cet endroit.
Nous avons été agréablement accueillis et la conversation dura près de deux heures. Alors que nous bavardions, la dame reçut un texto de la direction du village lui demandant d’organiser une commémoration pour les soldats tombés au combat.
Ce village n’avait été fondé que quelques années auparavant, ce qui signifie qu’il ne possédait pas encore de «tradition» quant à la tenue d’un tel événement. De plus, cette dame avait toujours vécu dans une grande ville et n’avait aucune idée de comment cela devait se passer dans un village comme Tzur Yitshak. Je lui expliquai que moi-même j’avais grandi dans une implantation (Ma’alé Efraïm) et que, d’ordinaire, lors de ces célébrations, le rabbin local était invité à réciter la prière Kel Malé Ra’hamim.
Quelque temps plus tard, elle me téléphona pour me demander de bien vouloir réciter la prière. Une semaine avant l’événement, une répétition fut organisée et je fus invité à participer. Quand j’entrai dans la pièce, j’aperçus un groupe de gens murmurant en me regardant et je pouvais facilement deviner qu’ils n’étaient pas très contents de me voir, avec ma barbe et mon chapeau. A la fin de la répétition, un homme s’approcha de moi et se présenta comme s’appelant Alex : c’était un des membres influents de la direction du village et il déclara de façon hautaine :
- Vous avez l’intention de vous établir ici comme émissaire du mouvement Loubavitch ? Je vous préviens : je ne laisserai pas pareille chose se produire dans cette implantation ! Je vous connais et je sais ce que vous avez l’intention de faire ici ! J’ai regardé votre site Internet et je connais vos sources de financement !
(Je dois dire qu’en entendant cela, je me suis demandé s’il n’était pas prophète car moi-même j’ignorais complètement d’où viendrait l’argent et il devait avoir plus de renseignements que moi à ce sujet ! Peut-être devais-je penser à l’engager…)
- Ecoutez, continua-t-il. Je ne peux pas vous empêcher de vous installer ici. N’importe qui est libre d’acquérir une maison ici et personne ne peut l’en empêcher. Mais vous devez savoir qu’à partir du moment où vous commencerez des activités, je me ferai un devoir de vous harceler jusqu’à ce que vous regrettiez le jour où vous vous êtes installé ici !
Durant tout ce monologue, toutes les têtes pensantes de l’implantation s’étaient massées autour de nous et semblaient approuver la diatribe d’Alex.
Décidément, ce n’était pas le genre d’accueil dont j’avais rêvé…
Deux jours plus tard, je reçus un coup de téléphone d’Ofrah, la femme qui m’avait invité à l’origine pour officier en tant que rabbin :
- Personnellement, je vous apprécie beaucoup, j’étais contente de votre visite et je serais très heureuse que vous restiez dans notre communauté. Cependant, vous avez vous-même constaté qu’il se développe une grande opposition à votre arrivée et je pense qu’il est inutile de continuer car personne ne vous laissera réaliser quoi que ce soit. De plus, on me critique pour vous avoir invité à participer à la commémoration.
- Je comprends votre problème, répondis-je. Je ne me sentirais pas vexé si vous deviez reprendre votre invitation.
Plus je tentais de repousser les sentiments négatifs qui me hantaient et plus je me forçais à imaginer que tout irait bien, plus je comprenais que je devais être «réaliste». Je ne m’étais même pas encore installé et la guerre avait déjà commencé !
A chaque étape, nous écrivions des comptes rendus détaillés que nous envoyions par fax au Ohel du Rabbi. Cependant, après ce dernier appel, je me sentis particulièrement découragé et incertain quant à notre avenir à Tzur Yitshak. De tout cœur, je souhaitais recevoir une bénédiction du Rabbi et j’écrivis une lettre chargée d’émotion pour décrire ce que je ressentais.
Le vendredi, je reçus un autre coup de fil d’Ofrah. Elle raconta qu’il semblait s’être produit des changements inexpliqués et que je pourrais présider l’événement ! Quand je lui demandai ce qui s’était passé, elle me conseilla de téléphoner au président de l’implantation. Ce que je fis et il me déclara que, puisque j’avais l’intention de m’installer dans le village, il pensait qu’il serait normal que je récite la prière et que je préside l’événement. Je fis remarquer que oui j’aurais aimé m’installer à Tzur Yitshak mais que je ne désirais pas créer des problèmes. Si mon discours devait hérisser certaines mentalités, je ne désirais pas entamer une polémique.
- Actuellement, l’implantation compte quatre cent familles, répondit-il. Nous pensons que vous serez une grande aide pour notre communauté et particulièrement pour les enfants ; nous serons très heureux que vous vous installiez chez nous. Même s’il y a quelques personnes qui ne souhaitent pas vous voir habiter ici, il ne s’agit que d’une minorité et ils ne reflètent pas l’opinion générale !
Quel changement !
Il est difficile de décrire mon soulagement après cette conversation. Après m’être senti rejeté et indésirable, je me retrouvais soudain attendu par la communauté, même s’il y avait encore quelques exceptions !
Par la suite, une fois que je me suis effectivement installé, j’ai décidé qu’il était temps de parler directement avec Alex : je ne voulais pas me heurter à son opposition farouche et je préférais mettre les choses au clair avec lui. Je lui téléphonai :
- Je ne vous connais pas et vous ne me connaissez pas. Rencontrons-nous pour faire connaissance !
A ma grande surprise, il accepta de venir chez nous et nous avons discuté pendant une heure et demie. Dans un long monologue, il exposa ses griefs contre la religion et je l’écoutais respectueusement en hochant la tête. Nous nous sommes quittés avec une chaude poignée de main et je sentis que l’atmosphère avait changé entre nous.
Par la suite, je mis un point d’honneur à lui téléphoner de temps en temps pour lui demander conseil sur certains sujets et, progressivement, son attitude envers nous évolua. Cette année, il fut l’un des quatre cents fidèles qui fréquentèrent notre office de Yom Kippour.
Qui aurait pu imaginer pareil tournant à cent quatre-vingts degrés ? Il n’y avait aucune explication rationnelle. Très certainement, c’était le Rabbi qui avait résolu le problème auquel je faisais face, de la manière la plus bénéfique – pour nous tous !
Rav Shmuel Glitzenstein – Chassidisher Derher
Traduit par Feiga Lubecki
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