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Reb Fishel Katz est un ‘Hassid très connu dans le négoce du diamant ; il a souvent profité de ses nombreux voyages autour du monde pour répandre la lumière du judaïsme et, entre autres, a fait imprimer le Tanya (l’œuvre maitresse de la ‘hassidout ‘Habad) dans divers pays comme la Chine et le Zimbabwe et d’autres endroits où ne se trouvait encore aucun autre Loubavitch à l’époque.
Un jour il me téléphona pour m’annoncer qu’il voulait faire imprimer un Tanya en Afrique. Il ajouta qu’il en avait parlé au Rabbi qui lui avait donné sa bénédiction et avait ajouté : « Il peut l’imprimer là où il va mais à la condition qu’il prenne tout d’ici ! ».
- Alors en quoi cela me concerne-t-il ? demandai-je.
- Donnez-moi s’il vous plaît les plaques et tout ce qui est nécessaire pour une édition parfaite !
Je compris exactement de quoi il s’agissait : j’avais investi considérablement de temps, d’énergie et d’argent pour produire un équipement de qualité permettant d’imprimer le Tanya de la manière la plus claire et précise possible. Cet équipement appartenait de fait à un imprimeur du New Jersey avec qui nous entretenions des relations d’affaires régulières.
- Je voudrais bien vous aider mais comprenez qu’il m’est absolument impossible de vous confier ces objets non seulement extrêmement précieux mais qui, de plus, ne m’appartiennent pas !
- C’est le Rabbi qui m’a demandé de tout prendre d’ici ! répliqua tranquillement Reb Katz, peu sensible à mes arguments.
A ceci je ne pouvais rien objecter. Je préférai néanmoins m’assurer de la vérité de son argument auprès du secrétariat du Rabbi : effectivement, je n’avais plus qu’à m’incliner. Je téléphonai à un habitant de Crown Heights qui travaillait dans le New Jersey et lui demandai de rapporter l’équipement de l’imprimerie.
Entretemps, je reçus un appel de Reb Katz qui avait changé ses plans et ne partirait plus de l’aéroport JFK (où nous avions prévu de nous retrouver) et qui, toujours aussi calmement, m’annonça qu’il ferait escale à Francfort en Allemagne : je n’avais qu’à me rendre à JFK, parler avec une hôtesse ou un pilote de la compagnie Lufthansa se rendant à Francfort : elle (ou il) prendrait l’équipement et Reb Katz le récupérerait là-bas !
- Reb Fishel ! Vous rendez-vous compte ? Il s’agit de quelque chose de volumineux, ce n’est pas un simple sac de voyage !
- Ne vous inquiétez pas, répondit-il toujours imperturbable : ils ont plein de place dans le cockpit !
- Vous êtes fou ! m’écriai-je en m’arrachant presque les cheveux.
- Pas du tout ! C’est ainsi que j’agis à chaque fois pour mes diamants…
A ma grande surprise, tout se passa comme il l’avait prévu, l’équipement se retrouva dans la cabine de pilotage d’un avion en route pour Francfort. Mon soulagement fut de courte durée car Reb Fishel me contacta pour la centième fois :
- Ne me demandez pas ce qui est arrivé mais j’ai atterri à Munich et non à Francfort !
- Mais… Tout l’équipement du Tanya est arrivé à Francfort, les femmes de ménage vont le jeter à la poubelle !
- Pas du tout ! Tout se trouve déjà dans un comptoir de l’aéroport de Francfort !
- Reb Fishel ! Savez-vous combien j’ai investi dans ces plaques ? Il n’en existe pas d’autres aussi parfaites ! Je vous en supplie ! Le Rabbi vous a dit de tout prendre d’ici mais il ne vous a pas demandé de les laisser traîner dans un aéroport allemand !
- Ne vous inquiétez pas ! Je gère ! répondit Reb Fishel de sa voix inimitable et si calme.
Il contacta les bureaux de la Lufthansa où on le connaissait bien ; il fit transiter l’équipement vers l’Afrique du sud où son beau-frère, Chalia’h (émissaire) du Rabbi devait le récupérer.
Au bout de deux jours d’angoisse (pour moi), je reçus enfin un coup de téléphone m’assurant que tout l’équipement se trouvait en sécurité dans le Beth ‘Habad de Johannesburg et l’impression du Tanya commencerait dès qu’arriverait Reb Fishel.
Mais Reb Fishel avait un emploi du temps décidément très chargé et il annula son voyage – non sans s’être assuré que les plaques étaient en sécurité.
Les mois puis les années passèrent, les plaques se couvrirent de poussière dans la cave du Beth ‘Habad de Johannesburg. Je compris que je ne les récupérerai pas rapidement et, la mort dans l’âme, je commençai à en préparer d’autres.
Une nuit, à trois heures du matin, je reçus un coup de téléphone d’un Juif de Pretoria (capitale de l’Afrique du sud). Il se présenta comme un Loubavitch parlant au nom d’une dame de sa communauté qui attendait un bébé. Les médecins avaient diagnostiqué que le fœtus n’était plus vivant et causerait un empoisonnement du sang de la mère. Ils recommandaient donc une interruption immédiate de la grossesse. La famille affolée avait téléphoné au Rabbi qui avait répondu : « Il faut immédiatement commencer l’impression du Tanya dans leur ville ! ». Comme cet homme savait que j’étais impliqué dans l’impression du Tanya, il me demandait par où commencer. La réponse du Rabbi n’était pas habituelle et soudain, je me souvins ! Je lui donnai l’adresse du Beth ‘Habad de Johannesburg : il lui suffisait de transmettre ces fameuses plaques à un imprimeur et la moitié du travail était déjà fait ! L’homme me remercia ; vu l’urgence de la situation, je ne lui avais même pas demandé son nom !
En 1996, une de mes élèves de Machon Hanna se maria. Elle était originaire d’Afrique du sud ; ses parents étaient très riches et elle insista pour que je vienne à son mariage, prépara même pour moi une série d’endroits où je donnerai des conférences. Je ne pouvais pas refuser !
Un des repas des Cheva Bra’hot eut lieu à Pretoria et je parlai le vendredi soir devant 300 personnes dans une synagogue. Après mon discours, les gens vinrent me serrer la main, me poser des questions… Une dame me présenta son fils, un solide gaillard : « Rav Jacobson ! Voici le garçon qui est né grâce à l’impression du Tanya ! ».
J’étais terrassé par l’émotion.
Elle me raconta que, conformément à la directive du Rabbi, ils avaient fait imprimer le Tanya et tout s’était déroulé de façon totalement miraculeuse. Les médecins avaient cru devenir fous ; le fœtus qu’ils croyaient mort et attaquant la santé de la mère naquit à terme et en parfaite santé !
Grâce aux plaques du Tanya ! Grâce à la bénédiction du Rabbi !
Rav Sholom Jacobson
Traduit par Feiga Lubecki
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