Cours du Rav Yossef David Cohen résumé par Méir Amzelek
Notre paracha [chapitre 19-verset 2] remarque que juste avant Matan Torah [le don de la Torah], plus précisément le jour de Roch Hodech Sivan ; Israël campa là-bas en face de la montagne. Rachi souligne que si le singulier est utilisé dans ce verset c’est pour préciser que les enfants d’Israël se tenaient comme un seul homme avec un seul cœur.
En réalité, un simple singulier n’aurait rien eu de surprenant, ce qui semble interpeller Rachi c’est le fait que le début du verset utilise le pluriel ; ils partirent de Réfidim, ils entrèrent dans le désert de Sinaï et ils campèrent dans le désert…puis subitement le singulier; et Israël campa là-bas en face de la montagne.
Pourtant ailleurs, dans la description du don de la Torah, il y a aussi cette bipolarité singulier-pluriel ; ..et le peuple voit et ils reculèrent.. Mais là cette alternance peut s’expliquer par le fait qu’à la suite d’une vision commune il n’y a pas eu un recul physique, un mouvement du peuple dans son ensemble. On parle du fait que chacun d’entre eux a au contraire ressenti une crainte avec une façon et une intensité différente. Du fait de la particularité de cette émotion, de ce sentiment selon les individus, le texte ne peut plus parler au singulier.
Autrement dit, dans ce dernier cas, s’agissant de l’action physique commune à tous les membres d’un groupe l’utilisation du singulier tombe sous le sens, au contraire s’il s’agit de dépeindre les émotions respectives des uns et des autres c’est le pluriel qui devient logique.
Mais revenons à notre verset, ce qui interpelle véritablement Rachi c’est le fait qu’il y a une redondance apparemment inutile sur le verbe camper une fois au pluriel ; ils campèrent dans le désert…suivi du singulier ; et Israël campa là-bas en face de la montagne. Cela suppose qu’ils ont campé physiquement chacun à sa façon, d’ailleurs par la suite chacun va avoir un lieu de campement, un rôle différent. En revanche la redondance ne peut que parler d’autre chose, pas d’un acte physique. La répétition souligne qu’il s’agit d’une action spirituelle, morale : la préparation à la réception de la Torah.
Or cette action spirituelle, l’attitude de préparation de chacun est à géométrie variable selon les individus. Tout le monde n’a pas les mêmes facultés, le même niveau de perception, on se serait donc attendu ici à un pluriel !
Le commentaire de Rachi vient prouver que justement ce moment était d’une telle intensité que chacun malgré ses différences a été pris du même élan, du même Chéma Israël. Une petiote histoire va illustrer notre propos :
"Le Rabbi Rayats se trouvait pendant la guerre dans un ghetto à Varsovie, plus exactement dans un sous-sol pour se protéger des bombes qui pleuvaient. Il y avait là des centaines d’autres juifs de milieux et d’origines divers pour ne pas dire opposés. Les uns communistes, les autres religieux…une vraie mosaïque. Pourtant à un moment lors du sifflement d’une bombe peut être plus important ils se sont tous jetés à terre en criant le Chéma Israël. Toutes les différences s’étaient comme par miracle évanouies! "
En ce qui nous concerne aussi, nous sommes dans l’attente imminente de Machia’h, nous supplions d’être délivrés et ce cri, cette demande malgré notre diversité est le même chez tous, nous prions tous que les douleurs de l’enfantement s’arrêtent !